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Châtelet les Halles
deux heures du matin
Je fouille mes poches
à la recherche d'un ou deux balles
je sais que ma vie est moche
c'est le destin
des ombres de la rue
de ceux qui un jour ont tout perdu.
Ma maison n'est pas un joli Palace
Elle n'est faite que de quelques cartons
Hélas
Et pourtant
moi aussi j'avais une femme, un travail
un appart
des enfants
Puis j'ai perdu mon âme dans les cartes
Pocker ou bataille
j'ai payé cash les représailles
d'une vie trop agitée
je me suis retrouvé au banc de la société.
SDF, marginal ou clodo
je suis tombé dans la spirale
je n'ai plus que ces fringues sur le dos.
La rue est mon nouveau jardin, les fleurs qui y poussent ont une odeur particulière
Celle de la peur, m'est devenue familière.
Quelque chose qui brille dans la nuit n'est pas forcément un diamant
c'est peut-être un cutter ou la lame d'un truand.
Dormir la journée, resté éveillé la nuit
j'ai du changer mes habitudes
me déplacer sans bruits
La vie est rude...
Du vacarme dans les couloirs du métro
ce n'est pas la première rame, il est beaucoup trop tôt.
Il se trame un drame
des cris comme un brame
ceux qui résonnent
ne sont pas ceux d'un homme
mais d'une femme que le mal arraisonne
au détour du malheur
j'entend ces cris
j'entend ces pleurs
Elle meurt...
La rue est sans pitié
Elle ne fait de distinctions
Ne choisit pas sa couleur, sa race, ou sa religion
Musulmans, juif, crétien ou athée
Qu'importe de là où tu viens
C'est elle qui va gagner.
La fain tenaille mon estomac
il me reste de la mitraille pas de quoi faire un bon repas
Autrefois la vie était belle
Ce soir d'un pas décidé, j'avance vers les poubelles
Autrefois je passais commande chez le traiteur
Pour l'heure, je me contente des restes d'un hamburger
Autrefois on m'appelait Monsieur
Aujourd'hui je mange chez les Miséreux...
SDF, marginal ou clodo
je suis tombé dans la spirale
je n'ai plus que ces fringues sur le dos
La crasse envahit peu à peu mon corps
Je la subit
elle me suit à la trace
C'est un nouvel affront dans ce pauvre décor
d'une civilisation en désaccord
avec ses marginaux
petit à petit elle recouvre ma peau.
Mes cheveux sont gras, mes ongles noires
je donnerai ce que je n'ai pas pour plonger dans une baignoire
M'asperger de parfun, enfiler un peignoir
Et sur tout ce désespoir
Ecrire le mot fin
Sur la buée de la salle de bain...
Châtelet les Halles 5H00 du matin
Le jour se lève sur la Capitale.
Enfin...
Là bas au loin dans les gares
arrivent les travailleurs
ils sont blancs, noirs ou beurs.
Ils viennent de la province
ou de la banlieue
ils sont jeunes, ils sont minces
ou ils sont vieux
Qu'importe, une chose est sûre, ce soir ils rentreront chez eux
Moi je resterai à la porte
Adossé au mur, comme un cloporte
dans la scieure
Je n'ai pas le temps de pleurer sur mon sort
la bataille n'est pas terminée
Ne m'en veuillez pas si je dors
Je dois me reposer...
SDF, marginal ou clodo
je suis tombé dans la spirale
je n'ai plus que ces fringues sur le dos.
Fabrice Leroy.
Dernière modification par fab02 (04-10-2009 14:12:55)
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très émouvant...
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errance poignante, ceux qui ont connu ça ne peuvent que se voir dans la solitude glacée de ces nuits..
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la vie quand elle est pas super
plus moche la vie
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C'est malheureusement tellement facil de pouvoir sombrer de ce côtè.
Quand on voit des reportages c'est impressionnant, en l'espace de peu de temps, tu peux tout perdre, ton travail, ta famille et l'envie de te battre.
Et ça n'arrive pas qu'aux autres !
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Fab, la force de ton texte, ce qui incite à la compassion ou à l'adhésion, c'est la non-violence qui en émane. Constat mélancolique d'une forme de fatalité, d'une situation à gérer avec "un coup d'oeil dans le rétroviseur du temps" pour confirmer si besoin en était l'universalité de l'éventualité ...
J'entends ta voix,un rythme assez lent avec un soupçon d'amertume dans la gorge entremelé d'un reste de fierté qui pousse même en pleine souffrance à dire ... "je m'en fout" ...
Bravo fab, un texte à l'oral pour être complet ...
Vincent V